Départ de X/Twitter
Quel soulagement et quelle paix d'avoir quitter X/Twitter! Je n'ai plus la télé et la radio depuis 14 ans et des comptes nous passaient des extraits d'émissions pourries, comme celle de Pascal Praud. Ils protestent, mais ils regardent et veulent que l'on regarde avec eux pour protester avec eux. Quel temps perdu et quels attachements toxiques totalement inutiles et improductifs pour changer la société. Ces gens sont incapables de couper leur poste. On leur dit, mais ils continuent. Nos médias et nos gros réseaux sociaux sont devenus gravement toxiques et addictifs. Il faut les bannir.
Je connais Friendica depuis quelques années. J'y suis resté des mois comptant jusqu'à plus de 40 abonnés (ce qui est très satisfaisant et honnête). Puis, je suis retourné dans le cloaque Twitter. J'y ai fait la connaissance d'une grande amie qui est une bien belle personne. C'est un coup de chance inouï dans ce bourbier, mais Twitter m'a intoxiqué insidieusement, petit à petit et cela a empiré avec les actualités brûlantes. Les algorithmes de X ne favorisent pas les meilleurs contenus.
Je me rappelle de la réflexion de Jean-Marc Terrel, auteur de plusieurs livrets sur le développement personnel et professionnel, sur les réseaux sociaux. Je partage beaucoup de ce qu'il a écrit (en dehors du développement professionnel):
Les réseaux sociaux
Une fois de plus, je m’interroge sur la pertinence de rester présent dans ce dépotoir que sont devenus les réseaux sociaux.
Est-il vraiment cohérent, pour quelqu’un qui cherche à incarner et à transmettre la pleine conscience, de continuer à nourrir ces ogres algorithmiques qui n’ont que faire des êtres humains et ne s’intéressent qu’au contenu que nous livrons à leur appétit insatiable ? Un contenu qui, ironie cruelle, ne sera montré qu’à une infime partie des personnes qui ont pourtant choisi de me suivre ou de rejoindre mon groupe Facebook.
Mais l’économie de l’attention ne fonctionne pas à l’échelle humaine. Elle se moque éperdument des heures passées à penser un texte, à écrire, à filmer, à monter, à chercher le mot juste. Ce qui compte, ce sont les données récoltées et l’argent généré en vendant aux annonceurs la possibilité de placer leurs produits au moment jugé optimal, sur la base de comportements analysés, prédits, exploités.
Je passe ma vie à parler d’attention, de présence, de conscience. Et je le fais sur des plateformes dont le modèle économique repose précisément sur la captation, la fragmentation et la marchandisation de cette même attention. Voilà la contradiction centrale. Les réseaux sociaux ne sont pas des espaces neutres. Ils sont conçus pour interrompre, détourner, accélérer, provoquer des micro-chocs émotionnels répétés afin de maintenir l’utilisateur captif. Ils volent sciemment du temps de présence à soi, aux autres, au réel. Et pourtant, j’y écris. J’y publie. J’y enseigne. J’y transmets. Et cette tension m’habite de plus en plus.
Comme les lotus qui poussent dans la boue, il arrive que de magnifiques publications émergent malgré tout de ce cloaque numérique. Des comptes que j’ai consciemment choisi de suivre parce qu’ils éveillent quelque chose en moi, m’élèvent, m’instruisent, me nourrissent. Mais à quel prix ? Après quinze minutes passées sur les réseaux sociaux, je me sens de plus en plus souvent sale, poisseux, intérieurement encombré. Comme si quelque chose en moi avait été grignoté, dispersé, éparpillé.
Publicités sponsorisées tous les cinq posts - que j’utilise moi-même, je le reconnais, pour tenter de faire entendre ma voix dans ce brouhaha - fake news, « merdias » détenus par des milliardaires cherchant à façonner l’opinion, images et vidéos générées par l’IA jouant sur la corde émotionnelle pour récolter des likes et quelques centimes, titres racoleurs de médias autrefois respectés publiant désormais du vide, ironie et sarcasme élevés au rang de vertus, posts alarmistes sur absolument tous les sujets, experts autoproclamés cachés derrière des pseudonymes sans visage ni histoire, commentaires agressifs, malveillants, déplacés, sur les sujets les plus anodins comme les plus graves…
Tout cela crée un climat intérieur. Et ce climat est incompatible avec la qualité de présence que je cherche à cultiver et à transmettre.
Il y a quelques mois, j’ai relancé un énième groupe Facebook. J’en ai déjà accompagné deux jusqu’à 20 000 et 40 000 membres. Et à chaque fois, le même scénario : très vite, le désert. Les gens s’inscrivent enthousiastes, acceptent les règles, commentent une ou deux fois… puis disparaissent. L’immense majorité devient invisible.
On appelle cela des « lurkers ». Ce phénomène est d’ailleurs largement documenté : selon la règle 90-9-1 mise en évidence par le Nielsen Norman Group, 90 % des membres d’une communauté observent sans jamais intervenir, 9 % participent de temps en temps, et seulement 1 % sont réellement actifs. Robert Blair Nonnecke parle, lui, de 50 à 90 % de lurkers selon les contextes. Même Facebook reconnaît qu’environ un utilisateur sur cinq adopte un comportement majoritairement passif.
Et je le précise ici sans détour : moi aussi, je suis lurker dans certains groupes et auprès de certains comptes que je suis. Je lis, je m’inspire, je prends, sans toujours laisser de trace.
Il ne s’agit donc pas de juger, mais de regarder la réalité en face.
Imaginons que je sois cuisinier. Cuisiner pour des fantômes, c’est passer du temps à préparer des plats avec soin pour des convives qui mangent en silence, sans jamais dire « merci », « j’ai aimé », ni rien du tout. Et puis, le jour où vous annoncez que vous songez à fermer le restaurant, certains surgissent soudain : « Mais moi je suis là, je consomme, j’aime tes plats, même si je ne te l’ai jamais dit. S’il te plaît, continue. » Si tu te reconnais, sache que je ne t’en veux pas. Vraiment. Les réseaux sociaux ont façonné des comportements où l’absence de réponse est devenue la norme. Quitter ce restaurant-dépotoir est difficile pour tout le monde.
Je dois aussi reconnaître ma propre peur. Les réseaux sociaux, Facebook en particulier, m’ont fait connaître. Ils ont permis à mon activité professionnelle d’exister et de se développer depuis près de quinze ans — moyennant, il faut le dire, des milliers d’euros investis en publicité. Si je pars, est-ce que j’existerai encore ? Devrai-je quitter Facebook pour ne rester que sur Instagram, qui semble — pour l’instant — un peu moins gangrené ? Investir davantage YouTube, que j’ai très peu utilisé ces dix dernières années ? La question revient sans cesse.
Je n’ai pas encore trouvé d’espace virtuel capable de permettre la création de liens aussi profonds, aussi humains, aussi conscients, avec des personnes pour qui mes contributions - et désormais celles de Jacqueline - ont été et sont encore de véritables lotus au milieu de cette boue numérique.
Je reçois régulièrement des messages de personnes que je ne connais pas, parfois des années après une publication, qui m’écrivent soudain pour me dire : « merci pour tes posts humoristiques », ou « ce texte m’a aidé à traverser l’une des périodes les plus sombres de mon existence ».
Ce sont ces messages-là qui me font hésiter à partir. Parce qu’ils me rappellent que, malgré tout, certains contenus tombent au bon endroit, au bon moment, et deviennent des appuis silencieux pour d’autres.
En même temps, je me pose cette question essentielle : qui suis-je pour croire que, sans moi, ces personnes n’auraient pas trouvé d’autres lotus ? Même si ce que je suis est irremplaçable, ce que je fais, lui, est profondément remplaçable. Et cette pensée me libère autant qu’elle me trouble.
Mais après avoir été banni sans raison en octobre, perdant l’accès à des années de contenus partagés, mon désir de trouver une alternative devient de plus en plus pressant. Car enseigner la pleine conscience tout en acceptant un système qui organise la distraction permanente pose une question éthique à laquelle je ne peux plus faire semblant de ne pas répondre.
Et je sens que le temps approche où il me faudra choisir : continuer à nourrir la machine… ou inventer autre chose.
Il fallait que ce soit dit.
Jean-Marc Terrel