Opération "absolute Resolve" au Venezuela : Un Blanc-Seing pour la Chine sur Taiwan ?
L'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines le 3 janvier 2026 viole ouvertement le droit international. Cette opération pourrait paradoxalement offrir à Pékin la justification morale qu'elle recherchait pour intensifier sa pression sur Taiwan.
Une violation du droit international
L'opération "Absolute Resolve" marque un tournant alarmant. Plus de 150 aéronefs américains ont bombardé des infrastructures au Venezuela, permettant à la Delta Force de capturer Maduro dans sa résidence fortifiée de Caracas. Cette action viole explicitement l'Article 2(4) de la Charte des Nations Unies, interdisant l'usage de la force contre la souveraineté d'un État.
Le Secrétaire général de l'ONU a averti que ces développements "constituent un précédent dangereux". La Fédération internationale pour les droits humains et la Commission internationale de juristes ont condamné l'attaque comme une agression illégale.
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Les intérêts économiques chinois au Venezuela : des montants de plus de 100 milliards de dollars états-Uniens
L'opération américaine menace directement les investissements massifs chinois au Venezuela, accumulés depuis 2007. Entre 2007 et 2016, Pékin a accordé plus de 105 milliards de dollars en engagements financiers au Venezuela, faisant du pays sud-américain le plus grand emprunteur chinois de la région. Ces prêts suivaient un modèle innovant dit "pétrole contre prêts" : plutôt que de payer comptant, le Venezuela remboursait via des livraisons quotidiennes de brut à la China National United Oil Corporation (ChinaOil).​
Ce mécanisme reposait sur le Fonds Conjoint Chine-Venezuela, initialement doté de 6 milliards de dollars en 2007 (4 milliards de la China Development Bank et 2 milliards du fonds vénézuélien FONDEN), puis doublé à 12 milliards en 2009. Les prêts massifs ont continué : 8 milliards en 2009, 27 milliards en 2010, et 10 milliards supplémentaires en 2014 pour soutenir la balance des paiements après l'effondrement des prix pétroliers. Le Venezuela s'était engagé à exporter 330 000 à 1 million de barils quotidiens vers la Chine.
Début 2026, entre 10 et 19 milliards de dollars de dette restent impayés. Les entreprises pétrolières chinoises détiennent des réserves colossales : Sinopec contrôle 2,8 milliards de barils via des joint-ventures dans la ceinture pétrolière de l'Orinoco, CNPC détient plus d'1 milliard de barils, tandis que la Russie (Rosneft) revendique 2,3 milliards de barils. La Chine achète plus de 80% des exportations pétrolières vénézuéliennes, soit environ 400 000 à 800 000 barils quotidiens selon les fluctuations de prix. L'intervention américaine et la menace de Trump de "prendre le contrôle total" du secteur pétrolier vénézuélien mettent en péril ces actifs et créances, représentant potentiellement la plus grande perte géopolitique chinoise de la décennie.
Rétrospectives fin 2025 : l'effondrement des exportations, les conséquences du blocus fin-décembre 2025
Le blocus américain du pétrole vénézuélien, progressivement intensifié depuis décembre 2025, a déjà infligé des dégâts considérables aux achats chinois avant même la capture de Maduro. Le 16 décembre, Trump a ordonné un "blocus total et complet" des pétroliers sanctionnés entrant et sortant du Venezuela. Cette quarantaine navale s'accompagnait de la saisie de deux pétroliers, dont le Skipper le 10 décembre, ainsi que deux autres en fin de mois, transformant les transits maritimes en jeu de roulette russe pour les transporteurs.
Les résultats ont été dévastateurs. La production vénézuélienne s'est effondrée de 158 000 barils/jour entre novembre et décembre, passant de 1,121 million barils/jour à 963 000 barils/jour. De façon critique, les exportations vers la Chine ont plongé de 77,5% en un mois : de 8,9 millions de barils en novembre à seulement 2 millions en décembre. Bien que la Chine ait compensé partiellement en détournant du brut via la Malaisie - 4,2 millions de barils en décembre contre zéro en novembre - le manque s'élève à environ 6,9 millions de barils pour le seul mois de décembre.
MalgrĂ© les protestations diplomatiques de PĂ©kin avant le 3 janvier, les importations chinoises avaient atteint en dĂ©cembre 2025 une moyenne de 600 000 barils/jour, dĂ©jĂ rĂ©duits de plus de 50% comparĂ© aux 1,3 million b/d de septembre-octobre. Pour la Chine - importatrice mondiale de 8,2 millions de barils/jour - cette perte de 600 000 barils/jour reprĂ©sente une rĂ©duction de 7,3% de son approvisionnement en brut. Bien que le Venezuela ne compte que pour 4 Ă 5% des importations pĂ©trolières chinoises, les "teapot refiners" indĂ©pendants (environ six petites raffineries) qui constituent les principaux acheteurs du pĂ©trole brut Merey (un type de pĂ©trole brut lourd produit principalement au Venezuela. Il est extrait du champ pĂ©trolifère de la ceinture de l'OrĂ©noque (Faja PetrolĂfera del Orinoco), l'une des plus grandes rĂ©serves de pĂ©trole au monde), ont connu une perturbation majeure. La probabilitĂ© d'une suppression complète des exportations chinoise sous contrĂ´le amĂ©ricain direct rend dĂ©sormais cette "police d'assurance Ă©nergĂ©tique" complètement illusoire.
La réaction Chinoise à ce jour, entre condamnation et opportunisme
Pékin s'est officiellement déclaré "profondément choqué". Mais sur les réseaux sociaux chinois, la réaction révèle une dimension bien plus inquiétante. Sur Weibo, les discussions ont généré plus de 440 millions de vues, avec de nombreux utilisateurs appelant Pékin à employer des tactiques similaires contre Taiwan. "Puisque les États-Unis ne prennent pas le droit international au sérieux, pourquoi devrions-nous nous en préoccuper ?"
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Taiwan : l'Inquiétude croissante
À Taipei, l'opération a déclenché un débat intense sur la vulnérabilité de l'île face à une opération chinoise de "décapitation" similaire. Des experts en sécurité avertissent Taipei de ne pas écarter une telle possibilité, alors que la Chine perfectionne sa capacité à pivoter rapidement d'exercices militaires à des opérations réelles.
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Un blanc-seing "Involontaire"
Trois éléments clés affaiblissent la position morale de Washington concernant Taiwan :
- L'Érosion des Normes : L'opération démontre que la puissance militaire prime sur le droit international. Ce précédent érode les principes de souveraineté que les États-Unis invoquent pour défendre Taiwan.
- L'Argument du Deux Poids, Deux Mesures : La Chine peut désormais pointer l'hypocrisie américaine. Si Washington peut bombarder un pays souverain, pourquoi Pékin ne pourrait-il pas agir contre Taiwan, qu'il considère comme une province rebelle ?
- L'Affaiblissement de la Dissuasion : La capture de Maduro malgré son rapprochement avec Pékin soulève des questions sur la capacité du soutien américain à dissuader réellement la Chine.
Nuances : des différences fondamentales
Richard Bush, ancien président de l'American Institute in Taiwan, souligne que les circonstances entre le Venezuela et Taiwan sont différentes. Neil Thomas, chercheur à l'Asia Society, affirme que la Chine est peu susceptible de citer le Venezuela comme précédent, préférant se présenter comme un acteur responsable.
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Le Verdict : une diplomatie contre-productive
L'incapacité probable du Conseil de sécurité de l'ONU à condamner les États-Unis enverra un signal clair : le droit international n'est contraignant que pour les faibles. Ce message ne sera pas perdu sur Pékin.
​L'opération américaine au Vénézuéla constitue un calcul stratégique à très courte vue. En démontrant que Washington viole ouvertement le droit international, l'administration Trump affaiblit les arguments normatifs qui sous-tendent sa défense de Taiwan.
Comme l'a formulé Milena Sterio, professeure à la Cleveland State University : "Si les États-Unis peuvent s'engager dans un blocus contre une nation souveraine, alors des pays comme la Chine peuvent certainement utiliser le même raisonnement pour organiser des blocus contre Taiwan". Pire encore, le précédent vénézuélien fournit à Pékin une justification pour franchir le seuil d'une intervention militaire armée. Si Washington peut mener des opérations de "décapitation" pour renverser des dirigeants jugés hostiles, pourquoi la Chine ne pourrait-elle pas agir militairement contre Taiwan, qu'elle considère comme une province rebelle ? Le modèle opérationnel venant d'être validé par la plus grande puissance militaire mondiale.
Ou les deux, ou rien, ou autre chose, l'avenir proche nous le dira.
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- Mehdi Khouli pour n816 Media
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