Bardella accueille Ă Bruxelles le pire de la contre-rĂ©volution rĂ©actionnaire â financĂ© par vos impĂŽts europĂ©ens
Ce mardi, Jordan Bardella s'apprĂȘte Ă orchestrer Ă Bruxelles ce qu'il appelle pudiquement un « sommet transatlantique », une grand-messe rĂ©unissant les figures les plus radicales de l'internationale rĂ©actionnaire. L'initiative revĂȘt un intĂ©rĂȘt particulier, non pas pour son contenu intellectuel, mais parce qu'elle incarne avec une transparence presque naĂŻve la nature vĂ©ritable des alliances du Rassemblement national â et parce qu'elle se dĂ©ploie, dĂ©tail savoureux, pendant que l'arĂšne judiciaire lui oppose une leçon de civilitĂ© dĂ©mocratique.
Les invitĂ©s de Bardella constituent un vĂ©ritable musĂ©e des horreurs idĂ©ologiques. Kevin Roberts, prĂ©sident de la Heritage Foundation, dirige le think tank le plus influent du MAGA trumpiste. Cet homme s'est assignĂ© une mission historique : « institutionnaliser le Trumpisme » â une seconde rĂ©volution amĂ©ricaine qui, assure-t-il, restera « sans effusion de sang si la gauche le permet ». La Heritage Foundation n'est pas une institution acadĂ©mique parmi d'autres ; c'est le cerveau idĂ©ologique du rĂ©gime Trump 2, le concepteur du Projet 2025 qui vise au dĂ©mantĂšlement systĂ©matique de l'Ătat fĂ©dĂ©ral, Ă l'expulsion massive d'immigrĂ©s, et Ă l'Ă©radication des mesures de diversitĂ©. Roberts lui-mĂȘme incarne cette radicalitĂ© sans dĂ©tours.â
Sharon Slater, quant Ă elle, prĂ©side Family Watch International, un lobby fondamentaliste chrĂ©tien classĂ© par le Southern Poverty Law Center comme organisation haineuse. Elle soutient la « thĂ©rapie de conversion », cette pseudo-mĂ©decine qui prĂ©tend « guĂ©rir » l'homosexualitĂ© â une pratique dĂ©nuĂ©e de fondement scientifique et largement reconnue comme psychologiquement dommageable. Family Watch coordonne l'opposition mondiale aux droits LGBT aux Nations unies sous couvert de « protection de la famille ».
Santiago Abascal incarne une tendance tout aussi prĂ©occupante. Leader du parti espagnol Vox, cet ultraconservateur a dĂ©clarĂ© que « la violence de genre n'existe pas » et « la violence machiste n'existe pas ». Il entend supprimer les lois sur la violence de genre, et pour faire bonne mesure, il compare l'homosexualitĂ© Ă la zoophilie â un amalgame grotesque que les extrĂ©mistes recourent depuis des dĂ©cennies pour discrĂ©diter les droits des minoritĂ©s sexuelles.
JosĂ© Antonio Kast, rĂ©cemment Ă©lu prĂ©sident du Chili, complĂšte ce tableau. Fan avĂ©rĂ© d'Augusto Pinochet â il a dĂ©clarĂ© que le dictateur voterait pour lui s'il Ă©tait encore en vie â Kast est viscĂ©ralement opposĂ© Ă l'avortement, mĂȘme en cas de viol, au divorce, au mariage homosexuel et Ă l'adoption par couples de mĂȘme sexe. Son affiliation au mouvement Schönstatt, courant catholique ultratradionaliste d'origine allemande, complĂšte le portrait d'un homme pour qui les acquis des droits humains des soixante derniĂšres annĂ©es constituent autant de destructions de l'ordre naturel.
Que signifie cette accumulation d'invitĂ©s ? Que Bardella, ayant transformĂ© le groupe parlementaire « Patriotes pour l'Europe » en vĂ©ritable annexe du Rassemblement national Ă Bruxelles, organise Ă titre officiel une rencontre avec le pire de l'administration amĂ©ricaine sortante et les figures les plus rĂ©actionnaires du continent. L'ironie cruellement parfaite rĂ©side ici : cet Ă©vĂ©nement est financĂ© par des fonds publics europĂ©ens â vos cotisations â via le budget de groupe parlementaire.â
Le timing : une synchronisation éloquente
C'est ici que l'ironie bascule du cynisme au quasi-slapstick politique. Car ce sommet se dĂ©ploie exactement au moment oĂč le Palais de Justice de Paris rend ses verdicts dans le procĂšs en appel de Marine Le Pen et des assistants parlementaires du Rassemblement national. Le procĂšs, qui s'est dĂ©roulĂ© du 13 janvier au 12 fĂ©vrier, visait prĂ©cisĂ©ment le dĂ©tournement de fonds publics europĂ©ens â ces enveloppes budgĂ©taires censĂ©es financer le travail lĂ©gislatif, dĂ©tournĂ©es vers la machine Ă©lectorale du parti.
Le 31 mars 2025, le tribunal avait condamnĂ© Le Pen Ă quatre ans de prison, dont deux fermes sous bracelet Ă©lectronique, Ă une amende de 100 000 euros et Ă une inĂ©ligibilitĂ© de cinq ans avec exĂ©cution provisoire immĂ©diate â ce dernier point Ă©tant dĂ©terminant, car il interdit Ă Le Pen l'accĂšs Ă l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 2027. Onze cadres du RN/FN ont Ă©tĂ© jugĂ©s pour les mĂȘmes faits.
Or, voilĂ que le prĂ©sident du parti qui rĂšgne sur ces ruines judiciaires utilise lui-mĂȘme le budget du groupe parlementaire europĂ©en pour organiser un sommet d'influence avec les figures les plus controversĂ©es de la politique mondiale. L'histoire aurait du mal Ă imaginer mieux pour symboliser l'impunitĂ© revendiquĂ©e.
Le changement de ton : une défense moins agressive que prévu
Ce qui rend la situation encore plus rĂ©vĂ©latrice, c'est le contraste entre la stratĂ©gie de dĂ©fense dĂ©ployĂ©e au tribunal d'appel et le théùtre politique qui se joue en parallĂšle. Lors du premier procĂšs, en premiĂšre instance, le ton Ă©tait combatif : Marine Le Pen et ses avocats attaquaient frontalement la lĂ©gitimitĂ© des juges, dĂ©nonçaient une « vendetta politique », revendiquaient un conflit entre la justice et le pouvoir. Le tribunal avait d'ailleurs notĂ© que cette dĂ©fense « constitue une construction thĂ©orique qui mĂ©prise les rĂšgles du Parlement europĂ©en, les lois de la RĂ©publique et les dĂ©cisions de justice ».â
Au second procĂšs, le ton s'est apaisĂ© â moins agressif envers l'institution judiciaire, plus courtois. Mais qui pourrait croire que ce changement de style traduit une Ă©piphanie morale ? Qui pourrait ignorer que cette dĂ©fĂ©rence performative masque une stratĂ©gie de survie politique : faire baisser la peine d'inĂ©ligibilitĂ©, ou du moins la durĂ©e, pour permettre Ă Le Pen de concourir en 2027 ? Le costume judiciaire ne change rien Ă la nature du mouvement.
La vĂ©ritĂ© que ce timing malveillant expose, c'est que le Rassemblement national poursuit ses activitĂ©s sans interruption, organise ses sommets internationaux avec l'argent public, noue des alliances avec les figures les plus radicales de la rĂ©action mondiale, et cela au moment mĂȘme oĂč ses dirigeants sont jugĂ©s pour avoir dĂ©tournĂ© des fonds publics europĂ©ens prĂ©cisĂ©ment destinĂ©s au financement lĂ©gislatif. L'ironie n'est pas une figure rhĂ©torique ici : c'est la structure mĂȘme du phĂ©nomĂšne politique.
Conclusion : le RN assume ses alliés
La question qui surgit avec évidence est celle-ci : Jordan Bardella assume-t-il ces alliés ? Bien sûr que oui. Les fonds publics européens qui financent ce sommet transatlantique constituent une réponse en actes. La feuille de route du groupe « Patriotes pour l'Europe » montre des liens organiques avec la Heritage Foundation et les think tanks ultraconservateurs européens. Le projet de « Grande Réinitialisation », fruit d'une collaboration entre Bardella, Orbån, le réseau Atlas et la Heritage Foundation, n'entend rien moins que le démantÚlement institutionnel de l'Union européenne.
Ce ne sont pas des tares occultĂ©es â c'est l'agenda assumĂ©, financĂ©, coordonnĂ©. Et tandis que les juges rendent leurs verdicts cet Ă©tĂ©, tandis que le dossier de l'inĂ©ligibilitĂ© de Le Pen pend Ă un fil, le mouvement qui l'a enfantĂ©e s'organise sans remords pour gouverner la France, puis l'Europe, bĂątis sur les dĂ©combres de ce qu'une certaine gauche a appelĂ© les conquĂȘtes civilisationnelles. Le timing du procĂšs et du sommet n'est pas une coĂŻncidence ; c'est une mise en scĂšne : celle de la continuitĂ© malgrĂ© la condamnation, de la normalisation malgrĂ© le scandale, de la capture des institutions malgrĂ© le verdict des juges.
ChloĂ© Ridel, DĂ©putĂ© EuropĂ©enne a portĂ© l'accent sur l'aspect contraire Ă la constitution EuropĂ©enne de la tenue de cette rĂ©union au sein mĂȘme des institutions.
video.infosec.exchange/w/df9WYâŠ
Les Ă©lecteurs français et europĂ©ens, eux, sauront bien quoi en faire, l'institution judiciaire ne risquant pas, non plus d'ĂȘtre attendrie par cet Ă©talage rĂ©actionnaire grotesque.
#ExtrĂȘmeDroiteEurope #rassemblementnational #AlliancesTransatlantiques #RNEnJustice #DĂ©mocratieEtRĂ©gulation
Double langage : sommet transatlantique avec le pire de l'administration américaine.
Sur les plateaux tĂ©lĂ©, Jordan Bardella nie ĂȘtre lâalliĂ© de Donald Trump. Pourtant, ce mardi Ă Bruxelles, il organise avec son groupe politique un « sommet transatlantique » avec le pire de l'administration amĂ©ricaine et de l'internationale rĂ©actionnaire.
Quelques exemples d'invités :
- Kevin Roberts : Dirige le plus important think tank MAGA, la Heritage Fondation, et sâest donnĂ© pour mission dâinstitutionaliser le Trumpisme : "nous sommes en train de mener la seconde RĂ©volution amĂ©ricaine, qui restera sans effusion de sang si la gauche le permetâ.
- Sharon Slater : Ă la tĂȘte dâun lobby chrĂ©tien fondamentaliste, elle a dit que "l'homosexualitĂ© est un trouble mental dĂ©rivĂ© d'un traumatisme d'enfance, et la 'thĂ©rapie de conversion' peut Ă©liminer efficacement l'attraction pour le mĂȘme sexeâ.
- Santiago Abascal : Leader du parti Vox et masculiniste espagnol, il a affirmé que "la violence de genre n'existe pas" et que "la violence machiste n'existe pas". Il veut abolir les lois sur la violence de genre et compare l'homosexualité à la zoophilie.
- JosĂ© Antonio Kast : Fan de Pinochet, opposĂ© Ă l'avortement, au mariage homosexuel et Ă l'adoption par couples de mĂȘme sexe, il a Ă©tĂ© Ă©lu il y a peu Ă la prĂ©sidence du Chili. Jordan Bardella assume-t-il ces alliĂ©s? Et, pour couronner le tout, l'organisation de cet Ă©vĂ©nement est bien Ă©videmment financĂ©e par des fonds publics europĂ©ens.Source : ChloĂ© Ridel, MEP europarl.europa.eu/meps/fr/256âŠ
On television, Jordan Bardella denies being Donald Trump's ally. However, this Tuesday in Brussels, he and his political group are organizing a âtransatlantic summitâ with the worst of the US administration and the reactionary international community.
Some examples of guests:
- Kevin Roberts: Heads the most important MAGA think tank, the Heritage Foundation, and has made it his mission to institutionalize Trumpism: âWe are in the midst of the second American Revolution, which will remain bloodless if the left allows it.â
- Sharon Slater: Head of a fundamentalist Christian lobby group, she has said that âhomosexuality is a mental disorder derived from childhood trauma, and âconversion therapyâ can effectively eliminate same-sex attraction.â
- Santiago Abascal: Leader of the Vox party and Spanish masculinist, he has claimed that âgender violence does not existâ and that âmacho violence does not exist.â He wants to abolish gender violence laws and compares homosexuality to bestiality.
- José Antonio Kast: A fan of Pinochet, opposed to abortion, same-sex marriage, and adoption by same-sex couples, he was recently elected president of Chile. Does Jordan Bardella support these allies? And, to top it all off, this event is, of course, funded by European public money.